Histoire de la Jordanie


     L'histoire antique de la Jordanie est intimement liée à l'histoire biblique et ne peut être dissociée de celle de la Palestine. À partir de 1500 av. J.-C., des tribus hébraïques commencèrent à s'installer dans la région. Le roi David réunit Juda à Israël et Jérusalem devint la capitale d'un grand état palestinien (- XIème s.). La région fut conquise par les Assyriens (-XIème s.), puis par les babyloniens. Les Nabatéens établirent un royaume avec Pétra pour capitale.
     Ce fut ensuite la domination grecque (- IVème s.), puis romaine (Ier s.), laquelle mit fin au royaume nabatéen avec la prise de Pétra (106). La Jordanie passa sous le contrôle des Perses sassanides, des byzantins avant d'être conquise par les arabes (634) lors de la bataille de Yarmouk. Dépendante des califes omeyades puis abbassides, elle fut conquise par les croisés (royaume latin de Jérusalem, 1118-1187). Saladin rétablit le contrôle des musulmans sur la région avec la prise de Jérusalem (1187).
     Après la chute du califat de Bagdad, les mamelouks d'Égypte prirent le contrôle de la Jordanie (XIème s.) avant que celle-ci ne fasse partie pour plus de quatre siècles de l'empire ottoman. À la fin du XIXeme s., la Sublime Porte favorisa l'émigration en Jordanie de colonies de peuplement circassiennes.

Lors de la Première Guerre Mondiale, le chérif de La Mecque, Hussein Ibn Ali (roi du Hidjaz en 1916), et ses fils prirent la tête de la révolte arabe et combattirent les forces turques au coté des britanniques (qui dépêchent des conseillers, dont le colonel T. E. Lawrence, Laurence d'Arabie, qui secondera Fayçal). En échange de cette révolte les britanniques promirent la création d'un état arabe unifié et indépendant en Orient. Parallèlement, ils signèrent avec la France des accords secrets (Sykes-Picot, 1916) prévoyant le partage de l'Orient arabe entre les deux puissances alliées tout en s'engageant à créer un " foyer juif en Palestine " (déclaration Balfour, 2 nov. 1917). Pour atténuer la portée de cette double trahison, Londres confia en 1921 la Transjordanie à l'un des fils de Hussein, l'émir Abdallah. La région était placée sous mandat britannique avec la Palestine tout en jouissant d'une administration autonome.
     Sans remettre en question ses liens privilégiés avec la Grande-Bretagne, l'émirat acquit son indépendance en 1946 et devint, en 1949, Royaume hachémite de Jordanie. Après la proclamation de l'état d'Israël (14 mai 1948), la Légion arabe, sous le commandement du britannique Glubb Pacha, prit une part active dans la première guerre israélo-arabe (1948-1949) au lendemain de laquelle Abdallah annexa la Cisjordanie avec la bande de Gaza.
     Soupçonné par les nationalistes palestiniens de chercher moins à libérer la Palestine qu'à appliquer le plan de partage décidé par l'ONU, Abdallah fut assassiné le 20 juillet 1951, à la mosquée al-Aksa de Jérusalem, par un Palestinien proche du Mufti de Jérusalem, Hadj Amin Husseini.
     Pendant le bref règne de son fils Talal (1951-1952) le parlement révisa la constitution dans un sens plus libéral. Déchu par le parlement pour " incapacité mentale ", Talal céda le trône à son fils Hussein.
     Le jeune roi entreprit la modernisation du pays (industrialisation, création de coopératives agricoles, scolarisation). Au mouvement d'opposition à la politique pro-occidentale qui agita le pays de 1954 à 1956, Hussein réagit en renvoyant le chef de son armée, Glubb Pacha (1956), en signant avec l'Égypte de Nasser un accord militaire (1956) et en mettant fin à la présence des troupes britanniques (1958). À la proclamation de l'union syro-egyptienne qui donne naissance à la République arabe unie (R.A.U.), le roi Hussein réplique par la conclusion, avec son cousin Fayçal II, d'une union arabe qui sombre avec la chute de la monarchie hachémite à Bagdad.
     Les nombreux incidents frontaliers entre la Jordanie et Israël liés à l'essor de l'action palestinienne, accrurent les difficultés du régime jordanien. Après la guerre de juin 1967, à laquelle la Jordanie participa in extremis, la Cisjordanie fut occupée par Israël. Cette perte aggrava la tension entre le pouvoir jordanien et les palestiniens. En septembre 1970 (" Septembre noir "), une violente épreuve de force opposa les organisations palestiniennes aux troupes royales ; elle se solda, un an plus tard, par l'élimination en Jordanie de toute présence de la résistance palestinienne. Si cette confrontation renforça apparemment le trône, elle contribua à isoler la Jordanie (avec laquelle de nombreux pays arabes rompirent les relations diplomatiques) et à accentuer le caractère autoritaire du régime (formation du parti unique d'union nationale de Jordanie, 1971). Les relations avec les pays arabes s'améliorèrent à partir de 1974 lorsque Hussein reconnut, à l'instar de ses pairs arabes réunis en sommet à Rabat, l'OLP comme seul et unique représentant du peuple palestinien. La Jordanie manifesta fortement son opposition aux accords de Camp David (1978) mais refusa cependant de se placer d'emblée dans le camp des opposants inconditionnels de la politique égyptienne.
     Dans le conflit opposant l'Irak à l'Iran (1980-1988), elle apporta son soutien à l'Irak. Lorsqu'éclata l'Intifada, le roi Hussein afin de couper à toute suspicion quant à ses visées sur la rive occidentale du Jourdain, décida de rompre tout lien administratif avec la Cisjordanie (1988).
     Pendant la première crise du Golfe (1990-1992) la Jordanie, tout en condamnant l'annexion du Koweït par l'Irak préconisa un règlement pacifique et refusa de participer à la coalition militaire anti-irakienne. Les effets de cette crise et l'embargo imposait à l'Irak (l'un des principaux partenaires commerciaux de la Jordanie) eurent des conséquences néfastes sur l'économie du pays.
     Après la signature de l'accord entre l'OLP et Israël (septembre 1993), que le roi Hussein a critiqué au nom d'un règlement global du problème, la Jordanie a entamé des négociations avec Israël qui ont abouti à la signature d'un traité de paix (octobre 1994).